Le Devoir 11 mars 2012

À voir à la télévision le dimanche 11 mars – Millésime tronqué

La cuvée cinématographique québécoise 2011 fut rien de moins qu’extraordinaire. Dès l’annonce de ses nominations, la 14e édition de la soirée des Jutra suscita pourtant critiques et réactions interloquées. Certes, les remises de prix ont l’heur de titiller la fibre chialeuse, mais dans ce cas-ci, certaines omissions confinent à l’aveuglement.

Comprenez que tout n’est pas noir. Le vendeur de Sébastien Pilote, Nuit #1 d’Anne Émond, ainsi que Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau reçoivent leur dû. Ça se gâte dès qu’on remarque que le premier ne fut pas considéré dans la section meilleure réalisation, contrairement aux deux autres.

Ni En terrains connus ni Marécages ne figurent parmi les meilleurs films. Qu’on laisse échapper ainsi deux oeuvres aussi singulières, et «signées» de surcroît, relève du mystère. Encensé pour Continental, un film sans fusil, Stéphane Lafleur semble être devenu invisible aux yeux du jury, qui ne jugea pas la mise en scène discrètement virtuose d’En terrains connus digne de mention (son excellent travail de montage sur Monsieur Lazhar n’a pas été nommé non plus). Fort d’une mise en scène particulièrement évocatrice, le nouveau venu Guy Édoin fut lui aussi recalé pour Marécages (la photo de Serge Desrosiers méritait d’être célébrée).

Les interprètes de ces deux films furent également snobés. Dans le premier, Francis LaHaye et Fanny Mallette livrent un travail de profondeur sans faire de vagues à la surface. On est dans la subtilité. N’est-il pas plus difficile d’évoquer le mal-être contenu que de jouer les bras dans les airs? Et que dire de Pascale Bussières en mère courage malgré elle dans le second? Une grande présence, une grande interprétation. Dans le rôle de son fiston, le jeune Gabriel Maillé porte le regard de Marécages. Ce qu’ili doit jouer n’est pas évident, or on oublie qu’il joue.

Rien pour La vérité de Marc Bisaillon, rien pour Laurentie de Mathieu Denis et Simon Lavoie, rien pour Décharge de Benoît Pilon. Faites-vous une faveur et louez ces cinq films. Peut-être, ensuite, aurezvous envie de chialer vous aussi.

François Lévesque, Le Devoir

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10 mars 2012
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